70 ans : La Reyssouze, une nature retrouvée en ville
Édito – 70 ans d’histoire(s)
Le 25 avril 1956, une ambition naissait : unir les communes de notre bassin pour prendre soin de la Reyssouze. Aujourd’hui, 70 ans plus tard, notre syndicat est devenu le visage de la solidarité entre l’homme et sa rivière.
Parce qu’un tel anniversaire ne se fête pas en un jour, nous avons décidé de vous raconter notre épopée tout au long de ce printemps et de cet été. Chaque mois, d’avril à juillet, plongez dans un nouvel épisode de notre saga : de nos racines légendaires à nos défis climatiques, des visages qui nous ont guidés à l’évolution de nos métiers. Bienvenue dans ce voyage au cœur de la Bresse.
Nature en ville : quand Bourg-en-Bresse se réconcilie avec sa rivière
L’allée de Challes, de l'âge industriel à la renaissance paysagère
Dès 1740, les cartes laissaient entrevoir une allée arborée servant de desserte au faste Château de Challes du comte de Montrevel. En 1766, les plans du domaine témoignaient déjà d’un réseau hydraulique complexe où deux bras de rivière préexistants serpentaient presque perpendiculairement à cette voie à travers le « Pré des Piles ».
Au début du XIXe siècle, une intervention humaine majeure fixe la rivière en deux bras parallèles de part et d’autre de l’allée centrale. Au fil de l’industrialisation (blanchisserie Guillermin-Millet, poterie Chambard, lavoir municipal) et du développement ferroviaire (tramways de Treffort), cette zone humide devient le cœur ouvrier de la cité. Mais cette emprise s’est payée au prix fort : artificialisation des berges, emprisonnement dans des murs de béton, envasement et hausse de la température de l’eau. Devenue une frontière invisible et un îlot de chaleur à cause du vieillissement de ses alignements d’arbres, l’allée de Challes s’était figée dans le temps.


À l’automne 2023, une reconfiguration historique s’est amorcée. Le défi consistait à réunifier les deux bras historiques dans un lit restructuré et élargi afin que la rivière retrouve ses méandres naturels. Les contraintes étaient pourtant majeures, notamment vis-à-vis du Plan de Prévention du Risque Inondation (PPRi). Pour obtenir l’accord des autorités, le gabarit a été finement modélisé : les travaux maintiennent la protection des populations face aux crues et permettent même de réduire localement les débordements.




Bien que située en centre-ville, l’allée de Challes révèle un trésor de biodiversité. Avec environ 140 arbres, 750 arbustes et 4 000 m² de berges renaturées plantés, la canopée, à terme, représentera plus de 5 000 m², soit le double de la promenade, créant un véritable poumon vert pour le quartier Challes-Europe en pleine mutation ces dernières années.
L'impulsion ReyDeCa : des Solutions fondées sur la Nature contre la chaleur
Le sentier des Murmures vu du ciel avant son ouverture en 2025 (Archives R&A)
Cette transformation de l’allée de Challes s’inscrit dans un programme beaucoup plus vaste à l’échelle de l’agglomération : le projet ReyDeCa – Restauration écologique de la Reyssouze, du Dévorah et débétonisation du Canal de Loëze. Porté par le syndicat Reyssouze et Affluents pour un budget global de 4,64 millions d’euros, ce chantier s’appuie sur les Solutions fondées sur la Nature (SfN) pour réhabiliter 6,2 km de cours d’eau urbains et périurbains.
L’un des volets les plus impressionnants en matière de cadre de vie et d’environnement est sans conteste la débétonisation totale de 1,6 km du Canal de Loëze, soit près de 2 hectares. Construit dans les années 1960, ce canal de décharge n’était qu’un long couloir de béton inerte. En brisant cette carapace grise, les techniciens ont permis à l’eau de s’infiltrer à nouveau et à la végétation de reprendre ses droits. Alors que le béton surchauffé mesurait jusqu’à 50°C au sol lors des étés précédents, la nouvelle coulée verte joue aujourd’hui un rôle crucial d’atténuation thermique. Face aux grosses chaleurs actuelles, l’évapotranspiration des végétaux et l’ombrage des arbres offrent un îlot de fraîcheur indispensable aux Burgiens. Plus les années vont passer et plus son efficacité sera probante.
Le retour du vivant au cœur du projet ReyDeCa
Cette nature retrouvée s’accompagne d’un retour massif du vivant : plus de 12 000 arbres et arbustes ont été plantés sur l’ensemble du programme. Sur le Dévorah, les populations d’Agrions de Mercure (libellule protégée) augmentent déjà et la Lamproie de Planer recolonise les zones reméandrées.
La réussite de ReyDeCa est également humaine. Près de la base de loisirs de Bouvent, la création du Sentier des Murmures offre désormais une immersion piétonne et cyclable unique en lisière des prairies humides. Inauguré le 17 juin 2025, ce parcours pédagogique et récréatif a rencontré un immense succès populaire : en un an à peine, plus de 110000 personnes ont parcouru ses platelages en bois, prouvant que les habitants avaient le besoin de se reconnecter à leur rivière.
L'Anecdote : L'apéro à la source
La tradition conviviale de la Saint-Valérien à Journans
La Reyssouze renaturée invite à la promenade le long de ses berges, au vivre ensemble et à la convivialité. Certains habitants ont eu la chance de profiter, depuis de longues années, d’une Reyssouze préservée. Aussi, chaque premier week-end de septembre, à l’occasion de la Saint-Valérien, le village de Journans renoue avec un rituel immuable : l’apéritif à la source de la Reyssouze.
À cent mètres du centre du village, là où la rivière voit le jour, on se retrouve pour déguster une fameuse boisson anisée. Mais ici, le véritable secret du goût ne se trouve pas dans la bouteille, il est dans le verre : une eau puisée directement à la source, « fraîche et d’une pureté cristalline ».
Comme le rappellent souvent les anciens dans les colonnes de la presse locale : « L’apéro à la source, c’est le moment où l’on refait le monde avec l’eau du pays ». À cet instant précis, le lien entre les hommes et la rivière est à son comble. On ne parle plus de gestion de bassin versant ou de mètres cubes, on partage simplement un moment de vie. Une tradition conviviale, aussi inépuisable que le débit de la « vieille dame » de Journans !
Si cette tradition célèbre la pureté originelle de nos eaux, nous vous conseillons, pour vos moments de convivialité, de privilégier l’eau du réseau accompagnée d’un sirop artisanal de fruits rouges du jardin. Une belle manière de perpétuer cet esprit d’amitié tout en préservant la ressource.
La rivière, source d'inspiration
Cette reconquête du paysage inspire aujourd’hui de nouvelles formes d’appropriation collective. Du 9 mai au 6 septembre 2026, dans le cadre de la ZOA, la biennale qui transforme la ville en terrain d’expression artistique, la rivière devient à son tour une source d’inspiration.
Pour cette nouvelle édition, la ZOA investit l’allée de Challes avec une fresque murale réalisée par des habitants de Bourg-en-Bresse aux côtés de l’artiste Lorraine Motti. Intitulée La promenade du marais, cette œuvre sensible et poétique évoque les paysages naturels de la Reyssouze, inspirés par la faune et la flore présentes sur le site. À travers ce projet collectif, l’objectif est de révéler la richesse d’une biodiversité parfois considérée comme ordinaire, tout en sensibilisant à sa préservation.
À vos agendas :
ZOA 2026 : du 9 mai au 6 septembre
Retrouvez tous les épisodes de la Saga :
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