70 ans : L’affluents caché de Bourg-en-Bresse
Édito – 70 ans d’histoire(s)
Le 25 avril 1956, une ambition naissait : unir les communes de notre bassin pour prendre soin de la Reyssouze. Aujourd’hui, 70 ans plus tard, notre syndicat est devenu le visage de la solidarité entre l’homme et sa rivière.
Parce qu’un tel anniversaire ne se fête pas en un jour, nous avons décidé de vous raconter notre épopée tout au long de ce printemps et de cet été. Chaque mois, d’avril à juillet, plongez dans un nouvel épisode de notre saga : de nos racines légendaires à nos défis climatiques, des visages qui nous ont guidés à l’évolution de nos métiers. Bienvenue dans ce voyage au cœur de la Bresse.
On a perdu une rivière ! Le mystère du Cône sous les pavés
Connaissez-vous le Cône ? Si vous posez la question aux Burgiens aujourd’hui, la plupart vous répondront par un regard interrogateur. Pourtant, ce minuscule affluent en rive gauche de la Reyssouze a façonné l’histoire et l’urbanisme de Bourg-en-Bresse pendant des siècles.
Le nom « Cône » est une énigme pour les historiens. Dérivé d’un radical pré-celtique (co, cosa, coz), son sens exact nous échappe, mais il désigne l’eau depuis la nuit des temps. Ce « ru » prend sa source au sud de la ville, à Péronnas, du côté de la Correrie et des Vennes. S’il coule encore à ciel ouvert entre les bambous et les arbrisseaux à Péronnas, il devient « fantôme » dès qu’il franchit les limites de Bourg.
Au Moyen-Âge et jusqu’à la Renaissance, le Cône était vital. Il entrait dans la ville par des grilles, traversait les quartiers et servait de moteur hydraulique pour le Moulin du Chapitre. Situé près de l’actuelle rue de la République, il utilisait la force du Cône pour moudre le grain des chanoines. Mais aussi, le Moulin de la Charité : Plus bas, vers l’actuelle rue Teynière, il témoignait de l’activité industrielle intense qui régnait au cœur de la cité.
Mais vivre avec une rivière en plein centre-ville n’était pas sans désagréments. Les archives de 1713 racontent que les habitants y jetaient leurs immondices, provoquant « infection et préjudice à la santé ». On y trouvait de tout, malgré les amendes de dix livres. Dès 1722, les délibérations municipales s’impatientent : « Le canal qui traverse la place d’Armes est ouvert et infecte le quartier, il est nécessaire de le recouvrir. » Petit à petit, le Grand Cône et le Petit Cône ont été emprisonnés dans des galeries de pierre. En 1780, les derniers tronçons à découvert près de la boucherie sont définitivement cachés sous le pavé burgien pour mettre fin aux mauvaises odeurs.
Le destin souterrain du Cône
Pendant deux siècles, son histoire fluctue entre travaux de détournement et d’enfouissement et oublis… jusqu’en octobre 1981, date de son dernier aménagement d’enfouissement. Lors des travaux de terrassement du parking Gustave-Doré, les engins de chantier mettent au jour la voûte de pierre qui emprisonne le lit du Cône. Comme le relatait la presse de l’époque, cette découverte a rappelé aux Burgiens que leur ville s’était construite sur l’eau. Ce conduit, qui servit un temps d’égout avant la création du réseau d’assainissement moderne, témoigne de l’ingénierie ancienne utilisée pour dompter ce petit cours d’eau.
La rivière fantôme de Bourg-en-Bresse
Aujourd’hui, le Cône coule toujours sous nos pieds. Il traverse la place de l’Hôtel de Ville, passe sous la rue Teynière et rejoint la Reyssouze dans l’anonymat des canalisations. Redécouvrir le Cône, c’est se rappeler que Bourg-en-Bresse est une ville d’eau. Si nous l’avons caché pour des raisons d’hygiène autrefois, sa présence nous rappelle aujourd’hui la vulnérabilité de nos écoulements urbains. Même invisible, cette « rivière fantôme » fait partie intégrante de notre bassin versant. De multiples biefs et petits rus ont connu le même sort, à Bourg-en-Bresse mais aussi dans d’autres communes, pour étendre les villes et villages.


Retrouvez tous les épisodes de la Saga :
70 ans : La Reyssouze, une nature retrouvée en ville
Longtemps façonnés par l’urbanisation et les aménagements successifs, les cours d’eau de Bourg-en-Bresse font aujourd’hui l’objet d’un vaste programme de...
Lire la suite »70 ans : L’affluents caché de Bourg-en-Bresse
Connaissez-vous le Cône ? Si vous posez la question aux Burgiens aujourd’hui, la plupart vous répondront par un regard interrogateur....
Lire la suite »70 ans : La Reyssouze et le Canal de Pont-de-Vaux
À Pont-de-Vaux, la Reyssouze n'est pas seule ; elle est doublée par un canal de 3 km qui relie la...
Lire la suite »70 ans : Quand la Reyssouze avait « les mains dans le cuir »
Entre odeurs fortes, savoir-faire artisanal et activité industrielle intense, la Reyssouze a longtemps été une rivière de travail. À Bourg-en-Bresse,...
Lire la suite »