70 ans : La Reyssouze et le Canal de Pont-de-Vaux
Édito – 70 ans d’histoire(s)
Le 25 avril 1956, une ambition naissait : unir les communes de notre bassin pour prendre soin de la Reyssouze. Aujourd’hui, 70 ans plus tard, notre syndicat est devenu le visage de la solidarité entre l’homme et sa rivière.
Parce qu’un tel anniversaire ne se fête pas en un jour, nous avons décidé de vous raconter notre épopée tout au long de ce printemps et de cet été. Chaque mois, d’avril à juillet, plongez dans un nouvel épisode de notre saga : de nos racines légendaires à nos défis climatiques, des visages qui nous ont guidés à l’évolution de nos métiers. Bienvenue dans ce voyage au cœur de la Bresse.
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À Pont-de-Vaux, la Reyssouze n’est pas seule ; elle est doublée par un canal de 3 km qui relie la cité à la Saône. Si ce parcours offre aujourd’hui un cadre bucolique, son histoire est celle d’un chantier titanesque au cœur des tourments de l’Histoire de France.
Une idée née au XVIIIe siècle
En 1753, le commerce bat son plein à Pont-de-Vaux, mais la circulation est difficile. Les matériaux de construction, céréales, combustibles et vins arrivent par la Reyssouze, doivent souvent être tirés depuis les berges pour remonter la rivière à cause des méandres et du niveau d’eau et des variations de son niveau d’eau. Ne pouvant financer les travaux, les habitants demandent à leur Seigneur, Louis Auguste Bertin, de creuser un canal. Autorisé par le roi Louis XVI en 1779, le chantier est confié en 1783 à l’ingénieur-architecte Racle.
C’est là que l’Histoire s’en mêle : les travaux sont brutalement interrompus par la Révolution de 1789. En 1810, Napoléon Ier ordonne l’achèvement du canal aux frais de l’État, mais l’Empire en guerre a d’autres priorités. Après qu’une terrible crue de la Saône a noyé le centre-ville sous un mètre d’eau en 1840, l’État se décide enfin à terminer l’ouvrage, qui ouvre définitivement en 1843.
Du déclin industriel au renouveau touristique
Le canal devait faire de la ville une plaque tournante économique , mais l’amélioration des routes et l’arrivée du rail changent la donne. En 1905, un projet d’agrandissement de l’écluse échoue par manque de rentabilité. Déclassé en 1954, le canal retombe dans le domaine public et s’enfonce dans l’oubli : au milieu des années 1980, l’écluse tombe en ruine, le chenal est envasé et la végétation a repris ses droits.
Il faudra attendre les années 1990 pour qu’un projet d’aménagement touristique redonne vie au site. Entre 1992 et 1995, le canal est curé, une écluse semi-automatique est reconstruite et un port de plaisance avec capitainerie voit le jour. Face au succès, une deuxième darse est inaugurée en 2008, portant la capacité du port à 225 places.
2021-2026 : Le grand chantier de Bresse & Saône
Pour assurer la pérennité structurelle de ce patrimoine, la Communauté de communes Bresse et Saône a engagé un vaste programme de travaux de 1,37 million d’euros sur le canal. Afin d’éviter l’effondrement des berges de la rive droite, deux techniques majeures ont été déployées : 400 mètres de renfort en génie végétal (où les plantes fixent naturellement le sol) et 500 mètres de palplanches métalliques verticales. Ce projet a également permis de créer, en amont de l’écluse, un ponton de pêche entièrement accessible aux personnes à mobilité réduite.
En parallèle, entre 2024 et 2026, Reyssouze & Affluents et la communauté de communes se sont associées pour moderniser le barrage des aiguilles, garant du maintien du niveau d’eau dans le port. L‘ancien ouvrage fixe et obsolète a laissé place à trois vannes automatiques mobiles, optimisant la gestion des crues et la chasse des sédiments. Le syndicat y a aménagé une rampe piscicole de 45 mètres à 10 paliers, rétablissant la libre circulation de toutes les espèces et assurant un débit biologique continu.



En aval, l’action syndicale a permis de redonner vie au cours d’eau : création de banquettes végétalisées en pentes douces, entretien de la ripisylve, aménagement d’abris piscicoles en bois local et installation d’abreuvoirs connectés pour préserver les berges du bétail.
Grâce à cette métamorphose, le port de Pont-de-Vaux est aujourd’hui une « porte d’entrée », connectant la Bresse au reste de l’Europe par voie d’eau.
L'Anecdote : Le "Parisien" et la vapeur
Imaginez-vous à la fin du XIXe siècle. À l'époque, la Reyssouze et son canal ne suffisent pas à absorber l'immense trafic de marchandises (vins, céréales, bétail) de la dynamique cité de Pont-de-Vaux. Pour désenclaver la ville, un projet fou voit le jour en 1890 : créer une ligne de chemin de fer directe pour relier le centre-ville à la grande gare de Fleurville, située de l'autre côté de la Saône.
Après des années d'études techniques et la reconstruction complète du pont de Fleurville par les célèbres Établissements Schneider du Creusot pour y intégrer des rails, le tramway à vapeur de Pont-de-Vaux est officiellement mis en service en janvier 1901.
Illustration : Le tramway et le pont de Fleurville (Chroniques de Bresse)
Ce petit train à vapeur jouait un rôle de navette crucial. En arrivant au bord de la Saône, il se connectait directement aux « Parisiens ». Ces impressionnants bateaux à vapeur (mesurant jusqu'à 67 mètres de long) assuraient le transport régulier des voyageurs et des marchandises sur la rivière entre Chalon et Lyon. Les « Parisiens » restaient à quai sur la Saône, mais grâce au tramway qui attendait au bout du pont, les riches produits de la Bresse s'exportaient partout et les nouveautés lyonnaises arrivaient directement à Pont-de-Vaux.
Bien que l'essor de l'automobile et des bus ait entraîné l'arrêt définitif du tramway en mai 1936, cette épopée témoigne d'un temps où notre territoire déployait des trésors d'ingéniosité pour se connecter aux grandes artères de communication de l'Europe.
Illustration : Un bateau de la compagnie "les Parisiens" (Chroniques de Bresse)
Vous voulez en savoir plus ?
Retrouvez notre série de vidéos « Rivière et Travaux » pour découvrir ce projet d’envergure, qui combine la réfection du barrage des Aiguilles par la Communauté de Communes Bresse et Saône, la création d’une rivière de contournement et la restauration de la Reyssouze après le barrage par Reyssouze et Affluents.
Retrouvez tous les épisodes de la Saga :
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